B. Beauséjour, Hélène

Hommage à… Hélène B. Beauséjour, 1895-1978

FEMME DE LETTRES

Hélène Brouillette-Beauséjour est née à Saint-Narcisse le 19 novembre 1895 du mariage d’Alfred Brouillette et de Marie Thibeault. Ce fut le premier bébé de ce foyer rural chrétien. Elle passa son enfance et sa jeunesse sur la ferme paternelle dans le rang St-Gabriel, à la Hêtrière.

Les premières années d’Hélène sont marquées par la maladie de sa mère.
Ce souvenir a laissé en elle une expression de tristesse et de
résignation courageuse. Elle avait cinq ans quand sa mère mourut.

Hélène a maintenant douze ans. La petite fille quitte l’école du rang
pour se rendre au pensionnat des religieuses des SS. Noms de Jésus-Marie
à Longueuil. La petite campagnarde au tempérament artistique et à
l’esprit avide d’apprendre se soumet aux exigences de ce nouveau milieu.
Derrière les rideaux blancs du dortoir, les larmes comprimées mouillent
souvent l’oreiller.

Hélène Brouillette découvre le plaisir d’écrire. Laissons-la parler.
« Mon goût d’écrire m’est venu, je crois, de l’amour de la nature que je
n’osais pas exprimer de peur de ne pas être comprise. M’extasiant un
jour sur la beauté d’un petit côteau boisé d’érables situé près de chez
nous et qui présentait chaque automne sa transformation aux multiples
couleurs, une compagne de classe me dit : « Tu es folle, c’est toujours
la même chose ». Je lui réponds que je suis toujours enthousiasmée pour
des choses familières. Mon grand-père d’ailleurs s’en allait souvent à
la tombée du jour, à travers champs en récitant son chapelet. Pour lui,
la nature était un temple dont l’édification racontait la présence de
Dieu ».

La lecture des pages féminines fut le premier germe de ma vocation de
chroniqueuse et j’appris à mes dépens que la journaliste est une femme
comme les autres qui travaille, lutte et souffre. Une fois ses études
terminées, elle devient institutrice là où elle avait appris à lire. Sa
santé sérieusement compromise l’oblige à un repos prolongé. Ses parents
et amis se demandent si elle n’est pas marquée par le même tragique
destin que sa mère, mais Hélène guérit de façon miraculeuse.

Le 22 novembre 1916, à l’âge de 21 ans, elle épousait Camille
Beauséjour de Grand-Mère. Quatorze enfants sont nés de cette union, dont 9 survivants. Bien que sa vie d’épouse et de mère fit d’elle une
personne très occupée, elle se mit à écrire pour différents journaux et
revues. Ce fut d’abord « In Mémoriam » que les feuilles locales
publiaient volontiers, puis en 1927, elle remporta le premier prix à un
concours lancé dans l’Écho du Saint-Maurice. En 1928, elle débutait à
l’Opinion publique de Grand-Mère, hebdo fondé par le Docteur Guibord, et au Nouvelliste de Trois-Rivières : collaboration qui dura cinq ans.
Toute sa vie elle collabora à la revue « Le Canado-Américain » de
Manchester.

Hélène journaliste a aussi donné naissance à Hélène auteur. Ses deux
livres : « Au fil des Heures Bleues » publié en 1935 et « Avec mon Cœur
de Femme » en 1940 présentent des causeries familières inspirées par le
sentiment maternel. Elle médite tout haut, s’attachant aux forces
morales. « Le bonheur, c’est d’être bon » se plaisait-elle à répéter.

En 1941, M. le curé Donat Fréchette lui demande d’être l’initiatrice de
la Ligue Catholique Féminine à Grand-Mère. En tant que présidente,
Hélène organisa les lundis académiques où des conférenciers et des
artistes furent tour à tour invités. Elle organisa également des cercles
d’études qui avaient comme objectif la formation à l’action sociale
catholique. Ses réunions étaient toujours soigneusement préparées en
contactant elle-même les autorités en la matière.

Bien que de santé fragile, elle écrivit pour une foule d’autres journaux
et revues dont il serait trop long de reproduire la liste. Elle exerça
son travail d’écrivain jusqu’à sa mort survenue le 17 mai 1978 à l’âge
de 83 ans. C’était un travail qu’elle adorait mais, comme elle le disait
si bien : « Ma plus grand gloire, ce sont mes enfants ».

A la fin de cette biographie, je cite un de ses derniers messages
recueilli par une concitoyenne et amie : « Quand je serai partie,
j’espère que dans votre mémoire je serai encore vivante »

Deux ans après son décès, soit le 7 novembre 1980, le Conseil municipal
de Grand-Mère décide d’honorer sa mémoire en nommant la bibliothèque
publique du nom de cette auteure et doyenne des lettres.

En 1990, sa fille Marguerite fait partager l’héritage de l’œuvre de
Hélène B.-Beauséjour en signant un article dans la brochure « Familles
monoparentales », le bulletin officiel de la Fédération des Associations
de familles monoparentales du Québec.