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Jos_Hamelin_Maison.jpgAujourd’hui, nous sommes à l’air des magasins grandes surfaces et les services à la maison sont des connections au téléphone, à la télévision, à Internet ou aux satellites. Les personnes d’un certain âge se rappellent avec nostalgie la période durant laquelle les familles recevaient les services à domicile par la convivialité et l’entre gens des multiples colporteurs qui arpentaient villages et campagnes.

Dans mon enfance, je me rappelle des quêteux, des réparateurs de parapluie, des aiguiseurs de couteaux, des livreurs de pain, des laitiers, des bouchers, des poissonniers, etc. Il y avait même des vrais « peddlers » qui offraient de tout dans leur camion de brin balles.

Jos_Hamelin_Auto.jpgTout se faisait en voiture, à bicyclette ou à pied. Un des personnages dont je me souviens bien, est un monsieur bien sympathique que je salue de temps à autres sur la rue principale de Shawinigan-Sud. Il s’agit de Monsieur Jos Hamelin.

Avec le présent texte, je veux à la fois rendre hommage à cet homme et illustrer le travail qu’il a effectué pendant plus de quarante-sept années dans notre communauté.

Il connaissait bien ses litanies de présentation et lorsqu’il procédait à l’ouverture de sa valise, c’était comme si chacun des éléments cachés dans sa boîte à surprise se présentait lui-même pour s’offrir en cadeau à la ménagère. Il fallait l’entendre faire l’énumération du contenu : les essences, les produits de toilette, les articles de ménage, etc. Nous étions, les enfants très impressionnés lorsqu’il déclamait toutes les différentes brosses qui se cachaient dans un coin de la valise : brosse à dents, brosses à dos, brosse pour les cheveux, brosse pour le linge, brosse pour les souliers, brosses pour le plancher, brosse pour la toilette, etc.

Natif du village de Saint-Maurice, le 5 avril 1925, Joseph est le cinquième d’une famille de onze enfants. Il est le fils de Madame Marie Marchand et Monsieur Cyprien Hamelin.

Après les études dans les écoles locales, il se retrouve en ville, à Shawinigan à l’âge de 18 ans à travailler pour son cousin à la comptabilité d’un commerce Hamelin Drive Yourself qui appartenait à son cousin.

C’est un peu le hasard qui l’amènera à prendre la valise du colporteur. Lors d’une visite avec des amis à Trois-Rivières, il se fait accoster par un recruteur Watkins qui cherche de nouveaux vendeurs pour leurs produits.

Prudent, il arrange ses heures de travail. L’avant-midi il fait son travail de comptabilité et l’après-midi il est vendeur itinérant. L’expérience est concluante. Il délaissera son travail de bureau pour devenir à plein temps Mr. Watkins. Son territoire, Almaville-en-Bas, Almaville-en-Haut, incluant le Petit Canada et la Baie à Shawinigan.

Ses qualités de discrétion, d’honnêteté, de ponctualité, lui assureront une clientèle fidèle à travers les 47 ans de service qu’il offrira à la population.

Au début en 1946, c’était à pied ou en bicyclette qu’il parcourait les rues des municipalités. Pour ce qui est de la Baie, il prenait le taxi ou louait une auto. À sa clientèle d’environ deux milles familles, il offrait une gamme de quelques 300 produits qui allaient des épices, particulièrement le poivre, des vitamines, des produits de santé, des nettoyeurs pour la maison, jusqu’aux vadrouilles et aux balais. Ensuite, il s’est procuré des voitures qui facilitaient ses déplacements.

Il a donc vu la communauté grandir, passée de la paroisse au village et à la ville, puisqu’en 1946, les limites du territoire occupé ne dépassait pas l’actuelle 116e Rue et 8e Avenue. Le 645 de la 116e Rue était en plein champ.

Les affaires vont bien. En 1949, il convole en justes noces avec sa compagne Gaby Lord. Sa gestion perspicace lui permettra de bien faire vivre sa petite famille de trois enfants Denis, Martin et Josée.

Jos_Hamelin_Inventaire.jpgTrès méthodique, il planifie ses parcours, ses commandes, ses livraisons. Dans son sous-sol il dispose tous ses produits sur des étagères bien ordonnées. Régulièrement il commande ses produits à la maison mère, et Transport Guilbault lui assure la livraison gratuite, s’il a respecté la commande minimum de 500.00 $­­­.

À chaque mois et à chaque saison, il réorganise le contenu de sa valise à cause des produits nouveaux ou des « spécial » du mois de la compagnie. La compagnie ne lui donne rien. Il a payé sa valise, il débourse pour ses carnets de factures, il paie même les échantillons qu’il distribue à ses clients. On est loin des vendeurs Maytag avec costumes et dépenses payées par la Cie.

En 1950, une commande de 2$­­­ était une bonne commande, alors qu’en 1990 plusieurs commandes dépassaient les 20$­­­ Ses journées commencent à 8h 30 et se terminent à 17 heures. En fait, il est toujours en service. Peu importe où il se trouve, il y a toujours un client qui lui commande quelque chose. Il en prend note ou en rentrant à la maison il s’empresse de transcrire la commande.

Cet homme à la valise aurait pu subir toutes sortes de malformations à force de porter cette valise plutôt lourde. Il aurait

pu se retrouver avec une scoliose, lordose ou encore avoir des grands bras qui traînent jusqu’à terre !!!

Eh bien non, il savait faire, ne pas porter toujours du même côté, déposer sa valise à chaque fois qu’il le pouvait, la faire porter par un enfant qui voulait rendre service, etc. Voici cependant, une petite anecdote qui aurait pu lui jouer un mauvais tour!

- Un jour, fatigué de porter sa valise, il la dépose près d’une clôture. Juste le temps d’aller chercher sa voiture stationnée un peu plus loin à l’autre bout de la rue. Si ça n’avait été d’une dame qui avait remarqué le geste… le vidangeur aurait ramassé sa valise pour la lancer dans le camion.

Autres anecdotes.

- Une autre fois, il a dû se rendre à l’hôpital pour une injection contre le tétanos. Une petite chienne apeurée devant le vendeur itinérant l’avait mordu au mollet en voulant protéger ses petits.

- Tellement associé à la Compagnie, un jour il se présente à une clinique où la secrétaire l’interpelle en disant : « Monsieur Watkins, c’est à votre tour ! »

En 1987 il profite d’une invitation à un congrès national de la Compagnie pour visiter les installations de Watkins à Winnipeg au Manitoba. À cette occasion, on l’honore en lui remettant une plaque souvenir pour marquer ses 41 ans de loyaux services à la Compagnie. Il est le premier au Québec et le deuxième au Canada.

En 1993, revenant d’un voyage en Floride, c’est un accident sur le New Jersey Turnpike qui va l’amener à se retirer avec regret de sa pratique.

Difficile de l’arrêter. Il s’implique dans les loisirs du troisième âge et il sera président du Terrain de jeux de l’Age d’or de Saint-Sauveur pendant six ans.

Souriant, affable, il m’a accueilli avec joie pour se remémorer sa carrière et de bons souvenirs. C’est un peu avec une certaine nostalgie qu’il m’a montré sa valise de travail. Ce porte-document qui lui a permis de gagner honnêtement sa vie. Peut-être son travail était-il trop exigeant ! Il n’a pas convaincu ni ses enfants, ni son petit-fils Maxime à perpétuer son métier.

Aujourd’hui, la sollicitation se fait par téléphone, par courriel, par dépliants publicitaires. On se courre au magasin dans le plus grand anonymat pour se procurer des produits qui viennent de partout par la magie des grandes chaînes de magasin format Wal Mart.

Vraiment, c’était le bon temps, le temps des colporteurs sympathiques du genre de Monsieur Jos Hamelin.

Félicitations et bravo pour votre belle carrière. Bonne retraite et longue vie.

* Monsieur Hamelin demeure toujours à Shawinigan Sud et coule une retraite tranquille et intéressante.

André-Jean Bordeleau.


Date de création : 06/12/2015 @ 21:00
Catégorie : Mémoires Revisitées - En hommage à ...