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FEMME DE LETTRES

helene_b_beausejour.jpgHélène Brouillette-Beauséjour est née à Saint-Narcisse le 19 novembre 1895 du mariage d’Alfred Brouillette et de Marie Thibeault. Ce fut le premier bébé de ce foyer rural chrétien. Elle passa son enfance et sa jeunesse sur la ferme paternelle dans le rang St-Gabriel, à la Hêtrière.

Les premières années d’Hélène sont marquées par la maladie de sa mère. Ce souvenir a laissé en elle une expression de tristesse et de résignation courageuse. Elle avait cinq ans quand sa mère mourut.

Hélène a maintenant douze ans. La petite fille quitte l’école du rang pour se rendre au pensionnat des religieuses des SS. Noms de Jésus-Marie à Longueuil. La petite campagnarde au tempérament artistique et à l’esprit avide d’apprendre se soumet aux exigences de ce nouveau milieu. Derrière les rideaux blancs du dortoir, les larmes comprimées mouillent souvent l’oreiller.

Hélène Brouillette découvre le plaisir d’écrire. Laissons-la parler. « Mon goût d’écrire m’est venu, je crois, de l’amour de la nature que je n’osais pas exprimer de peur de ne pas être comprise. M’extasiant un jour sur la beauté d’un petit côteau boisé d’érables situé près de chez nous et qui présentait chaque automne sa transformation aux multiples couleurs, une compagne de classe me dit : « Tu es folle, c’est toujours la même chose ». Je lui réponds que je suis toujours enthousiasmée pour des choses familières. Mon grand-père d’ailleurs s’en allait souvent à la tombée du jour, à travers champs en récitant son chapelet. Pour lui, la nature était un temple dont l’édification racontait la présence de Dieu ».

La lecture  des pages féminines fut le premier germe de ma vocation de chroniqueuse et j’appris à mes dépens que la journaliste est une femme comme les autres qui travaille, lutte et souffre. Une fois ses études terminées, elle devient institutrice là où elle avait appris à lire. Sa santé sérieusement compromise l’oblige à un repos prolongé. Ses parents et amis se demandent si elle n’est pas marquée par le même tragique destin que sa mère, mais Hélène guérit de façon miraculeuse.

Le 22 novembre 1916, à l’âge de  21 ans, elle épousait Camille Beauséjour de Grand-Mère. Quatorze enfants sont nés de cette union, dont 9 survivants. Bien que sa vie d’épouse et de mère fit d’elle une personne très occupée, elle se mit à écrire pour différents journaux et revues. Ce fut d’abord « In Mémoriam » que les feuilles locales publiaient volontiers, puis en 1927, elle remporta le premier prix à un concours lancé dans l’Écho du Saint-Maurice. En 1928, elle débutait à l’Opinion publique de Grand-Mère, hebdo fondé par le Docteur Guibord, et au Nouvelliste de Trois-Rivières : collaboration qui dura cinq ans. Toute sa vie elle collabora à la revue « Le Canado-Américain » de Manchester.

Hélène journaliste a aussi donné naissance à Hélène auteur. Ses deux livres : « Au fil des Heures Bleues » publié en 1935  et « Avec mon Cœur de Femme » en 1940 présentent des causeries familières inspirées par le sentiment maternel. Elle médite tout haut, s’attachant aux forces morales. « Le bonheur, c’est d’être bon » se plaisait-elle à répéter.

En 1941, M. le curé Donat Fréchette lui demande d’être l’initiatrice de la Ligue Catholique Féminine à Grand-Mère. En tant que présidente, Hélène organisa les lundis académiques où des conférenciers et des artistes furent tour à tour invités. Elle organisa également des cercles d’études qui avaient comme objectif la formation à l’action sociale catholique. Ses réunions étaient toujours soigneusement préparées en  contactant elle-même les autorités en la matière.

Bien que de santé fragile, elle écrivit pour une foule d’autres journaux et revues dont il serait trop long de reproduire la liste. Elle exerça son travail d’écrivain jusqu’à sa mort survenue le 17 mai 1978 à l’âge de 83 ans. C’était un travail qu’elle adorait mais, comme elle le disait si bien : « Ma plus grand gloire, ce sont mes enfants ».

A la fin de cette biographie, je cite un de ses derniers messages  recueilli par une concitoyenne et amie : « Quand je serai partie, j’espère que dans votre mémoire je serai encore vivante »

 Deux ans après son décès, soit le 7 novembre 1980, le Conseil municipal de Grand-Mère décide d’honorer sa mémoire en nommant la bibliothèque publique du nom de cette auteure et doyenne des lettres.

En 1990, sa fille Marguerite fait partager l’héritage de l’œuvre de Hélène B.-Beauséjour en signant un article dans la brochure « Familles monoparentales », le bulletin officiel de la Fédération des Associations de familles monoparentales du Québec

Sources :

  • Aurore D. Descôteaux et Yolande Buist Bordeleau,  Passé et Présent au féminin, Éditions du Bien public, 1979, pages 48 à 50 
  • Michel Cloutier, Les Intéprides,  tome 1, pages 195 à 197 
  • Hebdo du Saint-Maurice, 9 mai 1998, p. 39

Recherches : Omer Lemay, 30 novembre 2008


Date de création : 06/12/2015 @ 08:24
Catégorie : Mémoires Revisitées - En hommage à ...